Foin de bons mots, le sextet du Val d’Oise, loin des SMS graveleux, marie les textes abrasifs et les riffs saturés. Engagement et énergie se traduisent par des mots et notes forts, entraînants, suscitant intérêt et entrain mêlés. La musicalité ne s’efface devant la dimension percutante de l’ensemble, les textes étant tout sauf accessoire. La revendication se porte à deux voix,au gré des riffs, beats, percussions et autres scratches.
La prestation est pleinement maîtrisée, son et image, donnant envie d’en entendre et voir plus, à l’occasion d’un album à venir.
On est là moins dans la musique que dans la performance dans la galaxie du mouvement Fluxus. Le corpus a été longtemps interdit par la censure. Mais son intérêt est plus qu’anecdotique ou factuel. Il permet de voir jusqu’où le son artistique permet d’aller dans une perspective « à la Cage » mais avec une incarnation intempestive. La pulsion de désir s’y révèle selon l’intensité physiologique traitée avec drôlerie. Sans attitude morale, ni jugement la créatrice ouvre la perception pour mettre en porte à faux notre assurance et notre suffisance pour rendre la situation d’auditeur inconfortable.
Comme toujours lorsque de nouvelles écoutes sont sollicités, un univers riche se fait jour. Saisie par un sentiment d’implication totale l’artiste est elle-même prisonnière consentante de ses cérémonies pour mettre en exergue le corps selon un acte particulier de résistance.
Les susurrements faussement suaves qui hantent les trois titres dressent plutôt un tableau de fin de parcours, un peu comme une villa de rêve vouée à la désaffection et à la désaffectation de concert, déchirantes mais inéluctables, la passion innervée et anesthésiée à cette perspective.
Le duo parvient à livrer un triptyque convaincant, tout en tension et précision. De ceux qui donnent envie d’en entendre plus.
Il est suivi de « Fickle Sun » développé en trois temps, où la voix de l’artiste est plus claire et un rien désespérée. Le deuxième temps est constitué d’un poème lu par Peter Serafinowicz. Il a été conçu par le logiciel Markov Chain Generator (créé par Peter Chilvers) « dans lequel on a intégré des comptes-rendus du naufrage du Titanic, des chansons de soldats de la Première Guerre, divers morceaux de cyber-bureaucratie et des alertes sur le piratage, certaines de mes chansons, des descriptions de machinerie ». Le logiciel a généré une multitudes de textes parmi lesquels l’artiste et son équipe ont fait une sélection. Le dernier temps est une reprise de « I’m Set Free » du Velvet Underground. Ajoutons que cette sortie discographique s’appuie sur des installations d’Eno qui seront présentés dans tout le monde et où pourra être entendue une autre version de l’album.
Est-ce la nature des choses ou la lumière qui les nimbe ? De velours, les pistes décrivent des impressions et sensations, sans prendre partie. Le chant entêtant ne proclame-t-il pas ‘I’m a dreamer’ sur « Glide » ? Onirisme mal maîtrisé ou réalité qui conduit à se réfugier dans ses rêves ? C’est bien cette idée de spirale trouble qui se déroule, au travers de danses ou de folies, suggérées par les titres des morceaux. Et les bruissements non organiques ne peuvent que renforcer cette atmosphère d’ensemble.
Les rythmes et teintes parviennent à créer une sensation ouateuse, engourdissante mais paradoxalement stimulante sur la psyché. un peu comme si cet effort exogène pour endormir se soldait par une conscience accrue de l’étrangeté de l’environnement. Ce faisant, l’artiste révèle sa maîtrise de la nuance, à même d’intéresser quelques oreilles aventureuses, à la recherche de réalités en équilibre instable.
Bandcamp : http://haxis.bandcamp.com/album/city-lights-2016
Le reste ne peut être éprouvé qu’à l’écoute, en mêlant ses tympans à la dimension entêtante et éthérée des minutes, détachée de ce qui se déchire quelques mètres en contrebas mais laissant sourdre un léger malaise. Le contraste entre les lignes froides et le léger brouillard du chant dépeint une sensation de désolation et de stupeur, étrangère aux admirateurs des frasques militaires mais non à leurs contempteurs. Toute l’indécence de cette débauche de moyens guerriers se devine également par l’entremise des notes. Nausées, mains sales en l’absence d’existentialisme irrigué d’humanisme.
Puisant dans le sillon des sonorités synthétiques baignées de la fumée des clubs d’antan et ne rechignant pas à une volonté d’épure, la formation de Bologne tire une ligne temporelle entre une scène retournée dans les brumes du passé et le présent. Sonorités post-beaucoup de choses se croisent et surtout s’ancrent les unes aux autres afin de servir le concept. Sans être poisseuses, les caresses de ce voile musical peuvent déranger, troubler ou même exciter, évoquant sans peine le titre, fort adéquat, de l’ensemble. Et quitte à convoquer les heures les plus sombres de notre histoire, autant que ce soit avec de la musique de qualité.
Bandcamp : http://hivmusic1.bandcamp.com/album/pale-sick-post-punk-cold-wave-upr-047-compact-disc
Avec cet album, Parquets Courts atteint un niveau supérieur mêlant aux textes des plaisanteries équivoques dont ils ont le secret mais qui renvoient à des émotions universelles. Dans leur genre, ils deviennent bizarrement des sortes de Modern Lovers. « Berlin Got Blurry » est sans doute le meilleur titre de l’album. La ville allemande leur sert de référence habilement exotique capable de déplacer leur musique imprégnée d’une poétique urbaine faite de solitude et d’ennui inhérente aux cités postmodernes avec leurs flics, leur ghettos et, en contre-point, leurs richesses.
Enregistré dans plusieurs studios, l’album garde pour autant une unité de ton faite de prises volontairement rapides et cela se sent. L’énergie est là, elle explose mais s’y ressent tout le background qui prélude à son accomplissement. Moins intimiste et énervé que les premiers albums, celui-ci atteint une emprise large et impressionniste. Elle témoigne d’une connaissance parfaite de la pop qui se pousse parfois de Duane Eddy jusqu’à leur propre « Aftermath » très rock avec « I Was Just Here ». Il y a là brillance et lumière nocturne. Le groupe n’hésite même plus, lorsque le besoin s’en fait sentir, de conga funky ou de guitare qui rappelle par ses sons la sitar ragga. Bref l’éventail est large et l’album une réussite.
Sans fioriture mais avec soin, les différentes composantes s’amalgament prenant par instants une dimension un brin plus mélodique même si l’impact reste le cœur de l’exercice. Cet aspect direct offre une bouffée d’années 90, une époque où être sale pouvait être toléré et au sein de laquelle chemise à carreaux n’équivalait pas à hipster. Comme cela semble si lointain…
Ce Bath white n’est certainement pas aussi léger et doux que le papillon qu’il peut désigner mais aura sans doute une longévité plus importante que celle du lépidoptère correspondant. Si la théorie du chaos fait s’interroger quant à la causalité d’un battement d’aile d’un papillon au Brésil sur une tornade au Texas, celle des compositions de 50Foot Wave sur l’énergie du moment semble bien plus certaine.
Bandcamp : https://50footwave.bandcamp.com/album/bath-white
Quant au nom du groupe, il est tiré de celui d’un ancien palace de Menton. Ayant séjourné dans le Sud de la France, Carl Coleman a trouvé dans ce lieu des consonances et une atmosphère avec les films abyssaux de Wes Anderson. Mais l’atmosphère abstrait de l’album doit beaucoup à Caspar Hesselager. Le travail de Coleman est plus classique mais équilibre l’ensemble. Sa première minute de piano dans le titre ouverture n’est pas sans rappeler Thom Yorke et Radiohead avant d’aller embrasser d’autres espaces où néanmoins des vertiges labyrinthiques demeurent.
Avec ce nouvel album, les deux créateurs, héritiers à leur manière d’Eno, poussent leurs sons vers de nouveaux territoires. Ils mélangent indie et psych rock, country, motorik et bien sur l’électro. Certains titres planants sont aspirés vers l’éther, d’autres plus épiques et énergiques comme « Dependance/Independence » qui clôt l’album ramènent l’album dans une atmosphère terrestre mais néanmoins décalée et onirique où des ladies in the dark sont des compagnes de voyages.