Cette installation sommaire restitue parfaitement l’épure d’une telle musique. Elle est la plus dépouillée qui soit. Elle oscille entre folk instrumentale et conte populaire, blues africain, haïku et musique contemporaine. Mais l’artiste est au-delà des genres. La basse conserve des bruits métalliques qui appuie les mélopée du songwriter. Avare de mots Charles-Eric Charrier propose une œuvre introspectives même si les textes sont fait de choses vues ou entendues et d’émotions qui transparaissent – par exemple sur le visage d’une femme. Reste le jeu de perceptions prenantes et envoûtantes d’un voyage sensuel : la musique fait au loin entendre la mer. Oldman est magnifique de bout en bout de même que la pochette rehaussé des dessins et peintures de Béatrice Templé.
]]>Chambers monte encore d’un cran. L’interprète propose – en un album fou pour piano et quatuor à cordes (Kaiser Quartett de Hambourg) – une vision décalée de bien des genres. Musique de chambre « classique », musique pop, easy-listening, musique expérimentale, « southern » hip-hop et rap, valse tout y passe. Ce qui paraît disséminé et autant rassemblé dans l’ivresse. Elle déboîte les assises musicales et font plonger l’auditeur au sein de lignes harmoniques connues-inconnues. Une syntaxe intempestive, parfois primitive, tient tout autant d’une ascèse que d’un exercice spirituel : pour preuve un titre (« Feud ») est dédié à Bach et Daft Punk… Existe là un combat schizophrénique où l’artiste est coupé en deux : au composteur fait face l’homme de scène. Mais le premier garde le pas sur le second. L’album n’est pas une plaisanterie anecdotique : la musique est travaillée, vivante, traversée de frottements, d’effacements et de coups de force.
]]>Au-delà même de sa seule raison d’être, à vrai dire. La réflexion sur la Première Guerre mondiale, qui selon le chanteur n’a jamais pris fin, autorise en effet le groupe à revenir sur ses fondamentaux dans une épatante synthèse. L’album, pour être assez calme dans l’ensemble (paradoxalement ?), est ainsi introduit par une séquence bruitiste pure (« Kriegsmaschinerie ») qui nous ramène d’emblée aux premières heures du groupe, les plus radicales, tandis que l’extraordinaire « Der 1. Weltkrieg (Percussion Version) », long morceau qualifié par Bargeld de « musique statistique » et qu’il présente comme une « composition assistée par Wikipedia » (les tuyaux sur lesquels s’excite le groupe représentant les pays impliqués dans le conflit, et la rythmique renvoyant directement à l’écoulement des jours, tandis que les voix, dans une litanie froide et monotone, énumèrent les batailles), ne manque pas d’évoquer certaines pièces percussives assez typiques des albums des années 1980, récapitulées avec un brio sans égal. Mais la mélodie à la façon des productions plus récentes n’est bien entendu pas négligée pour autant (par exemple dans le très beau « How Did I Die ? »).
La performance, riche de recherches et mûrement réfléchie (le livret en témoigne assurément, et Blixa Bargeld s’est beaucoup exprimé par ailleurs sur le processus de composition de Lament), joue en effet sur le charnel comme sur le cérébral. Et les collages divers et variés, façon dada, caractéristiques du groupe, s’appliquent tant à la musique qu’aux textes, qui résultent d’emprunts multiples, parfois éloquents (les ironiques « Hymnen » et « The Willy-Nicky Telegrams », par exemple), parfois plus obscurs : l’occasion de rendre hommage au poète flamand Paul van den Broeck ou encore aux Harlem Hellfighters, le premier régiment purement afro-américain envoyé sur les champs de bataille internationaux, qui, via son groupe, a introduit le jazz alors inconnu en Europe – Einstürzende Neubauten se livrant à des reprises étonnantes mais toujours bien vues.
Album à part, Lament déploie son concept avec une intelligence qui fait souvent défaut au genre. Complexe, surprenante, cette performance d’une étonnante cohérence dans sa diversité convainc de bout en bout ; à tel point, à vrai dire, qu’on est tenté d’y voir la meilleure livraison d’Einstürzende Neubauten depuis pas mal de temps : le groupe ne s’est certes jamais compromis, et les précédents albums studio sont tous très recommandables, mais, avec Lament, il atteint (ou retrouve) des sommets d’intelligence, d’expérimentation et de pertinence. Superbe.
]]>Mais l’argument est peu recevable afin de ne pas tromper le client. Il doit plutôt se laisser séduire par la force parodique de titres tirés de la pré-Renaissance ( que les Malicorne et autre Tri Yann ont popularisés de manière aussi niaise que « main street ») ou encore une reprise de la « Gloria » des Them totalement transfigurée en une sorte de drag-queen sonore. Cette réédition ravira ceux qui aiment ce répertoire aussi paradoxal que marginal. Ils sont plus nombreux qu’on croit. Ils en auront pour leurs gages. Car à côté d’autre farceurs de l’époque – Etron Fou – Johnny Be Crotte fait – si l’on peut dire – belle figure…
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Surgissent des creux où le son s’engouffre et laisse voir des énigmes harmoniques dans un mouvement réfléchi hérité de Robert Fripp et de King Crimson. Les sons se transforment en nappes débordantes non sans un certain enchevêtrement que la linéarité primaire ne laisse pas apparaître de prime abord. Dans un tel chant du cygne, l’empilement des strates modulaires arrête l’itération élémentaire initiale. Preuve que le modèle populaire trois guitares + batterie peut devenir le tremplin d’une musique où se dessine une « poétique de l’œuvre ouverte » chère à Eco. Il est vrai que la configuration rock tragique s’ouvre à bien des interstices où l’hybridation sonore vient se nicher.
]]>Son épure tourne le dos à tout effet narratif. Il y a parfois une vibration d’éther en une composition subtile où l’instrument disparaît au profit, comme le disait Schopenhauer, d’une musique à la fois introspective et qui donne une présence à l’absence de l’objet aimé. C’est assez impressionnant de la part de celui qui – dans ce second morceau – devient « le dépeupleur » capable de donner au vide une consistance et une force abstractive des plus réussies.
]]>Le mécanisme de courses minimales ponctue un chiffrage jusque là immaîtrisable de la mélodie ou des sons. Des lignes étrangères labourent la mesure (et la démesure) au sein d’un voyage illuminé que le duo synchronise avec autant de flamme que d’intelligence. Une telle musique n’est pas faite pour les heures creuses mais pour l’écoute vorace. Le binaire de base est déprogrammé par dédoublement (ou redoublement) en vue d’une dynamique souveraine. Résumons : là où tant de créateur cultivent la paresse le duo invente une suite incorrigible de formes aussi bruitistes qu’extra-terrestres.
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Allant chercher des pépites des deux côtés de l’Atlantique, cette première compil donnera une image sonore d’un mouvement qui fait et fera bouger bien des lignes. Nous retiendrons pour notre par les plages de Awkwardist, Forakte, Sun Thief. Mais mon âge avancé faisant l’oreille un peu usé, je laisserai aux auditeurs l’occasion de juger par eux-mêmes de forces singulières mues par le fond sombre d’univers expérimentaux organiques plus qu’intellectuels et qui animent des technologies d’instincts pour le moins en accélération sur leur temps. Dans tous les cas un tel album n’est pas à négliger. Au contraire. Quitte à être parfois exaspéré par ces revenants de ghettos comme de futurs disséminés, éparpillés encore invisibles et inaudibles.
]]>Nourri de références à la photographie et à la peinture, ce nouvel album apparaît, et l’on ne peut que s’en réjouir, comme un retour aux fondamentaux. En effet, si ses escapades dans les contrées de la musique symphonique ou plus récemment de la comédie musicale haut de gamme (elle a signé la mise en musique du conte écossais The Light Princess) sont des joyaux à part entière, Tori Amos n’est jamais meilleure que lorsque, dépouillée du superflu voire du facile (le décevant « Trouble’s Lament » et ses arpèges un brin pénibles), elle s’unit à son piano et nous murmure de la poésie. Force est de constater que ce type de morceaux sont majoritaires ici (« Weatherman », « Oysters », « Selkie » ou le déchirant « Invisible Boy »).
Cela dit, le temps qui passe, s’il déshumanise un peu trop le visage et lisse chirurgicalement le front (mille fois hélas…), apporte aussi un bagage touchant de sensibilité, comme lorsque Tori Amos parle de son mari au travers de « Wedding Day » ou surtout « Wild Ways », des chansons d’amour, d’Amour, qui piquent un peu le cœur (‘I hate you, I hate you, I do, I hate that you’re the one who can make me feel gorgeous with just a flick of your fingers, it is that easy…’) ou interprète toute en retenue « Promise » en duo avec Tash, ci-devant la digne fille de sa mère, qui malgré quelques écarts vocaux souffrant un peu du syndrome ‘princesse du r’n’b’, prouve que la pomme ne tombe vraiment pas loin de l’arbre.
Enfin, comme souvent, des perles sont cachées au-delà de l’album, notamment les morceaux « Dixie » et « Forest of Glass », bonus disséminés ça et là.
À noter qu’une tournée a commencé, et que Tori Amos y sera seule au piano. Avis aux personnes n’ayant jamais tenté eu l’occasion de voir la Dame sur scène : c’est une expérience unique et précieuse.
Tori Amos sera en concert au Grand Rex (Paris) le 17 mai 2014. Les Immortels y seront aussi. Toutes les dates de la tournée ici.
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